15 octobre 2026

Actualité

Monsieur Geffray, les remplaçantes sont déjà au travail, merci bien !

Monsieur Geffray, les remplaçant·es sont déjà au travail, merci bien !

TZR, CDI comme CDD ont des droits et l’administration ne peut vous imposer n’importe quoi.

Les annonces d’Edouard Geffray jeudi soir face à une colère de la jeunesse qui ne se dément pas ont contribué à semer le trouble auprès du grand public sur les fonctions des enseignantes. D’après le ministre, il y aurait plus de 3000 remplaçantes mobilisables immédiatement, une « solution » pour les lycées où des postes ne sont pas couverts.

Comment interpréter ces paroles ? Que 3000 enseignantes seraient payées pour rester à la maison ? Que les personnels administratifs dans les Rectorat ne feraient pas leur travail pour affecter ces collègues ? Monsieur Geffray a omis de préciser que ces personnels sont en poste sur des activités pédagogiques dans leurs établissements, et que si elles et ils ne sont pas affectées c’est tout simplement… qu’il n’y a pas de besoins dans leurs zones et disciplines ! Par ces annonces, bien loin de correspondre aux attentes des lycéennes mobilisées, il jette le discrédit sur toute l’Education Nationale.

Le SNES-FSU dénonce fermement cette politique d’affichage qui n’apporte aucune réponse aux revendications des lycéennes et sape la confiance envers l’institution, déjà bien mise à mal. La section académique défend les droits de tous les personnels, remplaçantes comme en poste fixe.

Depuis 2018, le gouvernement se satisfait très bien du manque de milliers d’enseignantes devant élèves à la rentrée. Entre 2018 et 2022, le nombre de postes vacants a bondi de 43 % et le temps de vacance moyen de 26 % entre 2018 et 2023.

Plus de 3000 professeurs remplaçantes seraient actuellement sans affectation ? La réalité, c’est un délai de carence de 15 jours imposé avant de faire appel à un remplaçant. La réalité c’est la destruction massive d’emplois de professeurs titulaires remplaçants (TZR) depuis des années et la pénurie organisée, dès le mois de février, par le non remplacement pour des motifs budgétaires.

Le manque criant d’enseignantes en cette rentrée n’est pas un accident : il est le résultat de choix politiques et budgétaires sur lesquels le SNES et la FSU n’ont cessé d’alerter. Faire croire qu’il résulte du retard à l’allumage d’un logiciel plutôt que de décisions assumées ne trompe personne.


Un temps de dialogue social apprécié

Le Rectorat de Bordeaux a rassemblé en urgence les organisations syndicales représentatives en groupe de travail le lundi 12 octobre au soir pour présenter la déclinaison académique de ce faux plan de remplacement, avant de commencer les affectations. On peut saluer la présence d’esprit du Recteur de ne rien précipiter et d’avoir souhaité privilégier le dialogue social à l’urgence imposée par le ministère.

Recteur et secrétaire général ont indiqué que notre académie présente un bon taux de remplacement, et d’ailleurs les vacances de postes ne feraient pas partie, selon le recteur, des principales revendications portées par les lycéennes mobilisées rencontrées à Bordeaux et à Pau. Actuellement 0,3 % des 20 000 ETP enseignantes dans l’académie ne sont pas couverts, le Rectorat cherche donc à recruter 70 enseignantes.

Parmi les TZR et CDI de l’académie, environ 6 % n’auraient pas d’affectation, ce qui correspondrait pour les TZR à une quarantaine de collègues… Le secrétaire général a lui-même rappelé que ces collègues n’étaient pas affectées parce qu’il n’y avait pas de besoins identifiés dans leur discipline dans leur zone. En effet le dialogue social mené depuis 3 ans par les OS et en particulier par le SNES, le SNEP et le SNUEP a permis de définir des règles communes pour garantir de meilleures conditions d’emploi aux TZR et CDI, notamment la limitation du temps de route autour du RAD à 1h. Il a également été souligné que les TZR sans affectation étaient bien au travail, à effectuer des activités pédagogiques type devoirs faits ou co-enseignement, comme le prévoient les textes.

Déclinaison dans l’académie de Bordeaux : des mesures cosmétiques

Si ces collègues ne peuvent être mobilisées faute de besoin, quid des annonces du ministre ? Trois axes vont être déclinés dans l’académie : l’augmentation des parts de Pacte pour faire du RCD, le dépassement du schéma d’emploi, soit l’autorisation par l’État de recruter à nouveau en CDD (après en avoir mis plusieurs centaines à la porte en juin) et l’affectation des fameux 6 % de TZR et CDI non-affectées.

Pour ces dernieres, la bonne nouvelle est que le Rectorat n’a pas retenu la piste d’élargir les zones d’intervention ou de faire du hors-zone. Il a par contre choisi de recourir à des affectations en disciplines connexes ou hors-discipline. Cela signifie qu’à partir de mardi, on pourra envoyer une collègue de maths pallier à la vacance d’un poste d’anglais, pour répondre à une commande sortie du chapeau du ministre.

Le SNES-FSU s’est opposé à cette proposition qui n’a aucun sens pédagogique et n’est qu’une mesure d’affichage.


TZR et CDI ont des droits : faites-les respecter !

Discipline connexe : si vous êtes actuellement sans affectation, IPR et DPE peuvent vous demander si vous avez les compétences et souhaitez enseigner dans une discipline connexe (ex : Maths => Physique ; Lettres => Lettres/Histoire).

Le statut ou le contrat vous protège et vous avez tout loisir de refuser. Aucune pression à l’affectation ne doit être mise sur les TZR et les CDI.

Affectation hors-discipline : vous pourrez également être affectée sur une suppléance ne correspondant pas à votre discipline. Concrètement, cela veut dire qu’une enseignante de SVT pourra être envoyée sur une suppléance où on attendait une collègue d’anglais… Les élèves auront alors double dose de SVT, mais toujours pas d’anglais !
Ici aussi il n’est pas question d’enseigner une discipline qui n’est pas la vôtre, mais l’administration est restée floue sur les activités du remplaçante qui viendrait « en plus » d’une collègue assurant déjà l’enseignement dans sa discipline. La direction ne peut alors pas vous demander de faire plus que dans le RAD : des activités pédagogiques type soutien, AP, devoirs-faits… Elle ne peut vous imposer de prendre en charge une partie du programme disciplinaire déjà assuré par l’équipe enseignante de la classe.

Le SNES-FSU ne lâche pas les remplaçantes dans cette période où elles et ils sont pointées du doigt par leur propre ministère.

La section académique continue de défendre les droits des remplaçantes, si vous rencontrez des difficultés, si vous subissez des pressions, si vous voulez témoigner contactez la permanence : permanence@bordeaux.snes.edu - 05.57.81.62.40


Et les CDD ?

La déclinaison présentée par le Rectorat inclut de recourir à la possibilité de dépasser le schéma d’emploi, c’est à dire de pouvoir recruter plus de CDD (les recrutements sont limités par le budget voté pour 2026 et l’académie présente plus de besoins que de recrutements autorisés).

Le SNES-FSU lutte contre une trop grande contractualisation de la fonction publique et réclame un plan de titularisation pour les CDI, afin que chacune soit protégée par le statut. Il n’oublie cependant pas les CDD et les représentantes du SNES, du SNEP et du SNUEP se sont assurées lors du GT que les recrutements ne mettraient pas les personnels en difficulté.

Le rectorat prévoir alors d’ouvrir des recrutements d’enseignantes en CDD pour des BMP ou des suppléances de moins de 7h qui ne seraient pas encore couvertes (ce qui n’était pas le cas jusqu’à cette semaine) mais en garantissant des contrats d’au moins un mi-temps, et qui correspondront à la durée de la suppléance. Les collègues ainsi embauchées ne seront pas remerciées au 31 décembre sous prétexte de nouveau budget.